10/12/2008
René de Obaldia citoyen d'honneur de Palavas-les-Flots
L'académicien français, René de Obaldia, a reçu des mains de Christian Jeanjean, le maire de Palavas-les-Flots, au cours d'une réception donnée salle Jean Molle, la médaille le faisant citoyen d'honneur de la ville. Le buste de Jean Marais et des ouvrages d'auteurs palavasiens lui ont été offerts. Christian Jeanjean, que l'on sait poète et qui souhaitait lire une de ses œuvres, consacrée à la langue française, a eu la surprise d'entendre l'académicien lui proposer de faire lui-même cette lecture. Ce qui fut fait pour le plus grand bonheur du public.
René de Obaldia et son épouse étaient les invités de la station balnéaire à l'occasion de la première de Pétronille, un spectacle, donné par Anne Marlange de la compagnie l'Aventurine, adapté des Innocentines, cette petite merveille poétique de l'académicien.
Accueillis sur le quai de la gare Saint-Roch par la comédienne, sitôt baptisée Anne-Pétronille, les hôtes de la ville ont rejoint Palavas où un programme chargé les attendait. Le premier temps fort à été la visite de la cathédrale de Maguelone sous la conduite de Daniel Marquis, le directeur des Compagnons de Maguelone, et d'Alexandrine Garnotel, l'archéologue du site. Le repas pris ensuite au restaurant du Phare de la Méditerranée a permis à Monsieur et Madame de Obaldia de découvrir la richesse des paysages de la région. L'autre grand moment a bien sûr été la représentation, au Nautilus, de Pétronille.
Tous ceux qui, pendant son trop court séjour, ont approché Monsieur de Obaldia ont aussitôt été sous le charme de son élégante simplicité, de la délicatesse de son humour et de sa confondante érudition.
Une petite ombre au tableau, cependant : l'irruption, peu appréciée de l'académicien et de son épouse, dans leur l'hôtel, d'une dame, en mal de publicité, accompagnée de ses photographes. Le savoir-vivre n'est, hélas, pas la chose du monde la mieux partagée !
Pendant la cérémonie officielle : Albert Edouard, Christian Jeanjean, René de Obaldia, Jean-Marie Guiraud-Caladou et Anne Marlange.

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04/12/2008
René de Obaldia assiste aujourd'hui à la première de Pétronille
Anne Marlange et René de Obaldia
L'académicien français, René de Obaldia, 90 printemps, l'un des plus grands écrivains de notre temps, assistera aujourd'hui 4 décembre, au Nautilus de Palavas-les-Flots, à la première de Pétronille, une pièce tirée de ses poèmes "Innocentines", adaptée, mise en scène et interprétée par Anne Marlange de la compagnie L'Aventurine.
Midi Libre :- Vous êtes certainement le premier académicien à avoir eu, lors de sa réception Quai Conti, à braver l'interdiction de prononcer l'éloge de son prédécesseur, une interdiction que Julien Green avait clairement signifiée.
René de Obaldia : - C'était très curieux parce que, quand je disais à mes amis "voilà ce qui m'arrive, une chose très compliquée", ils se tordaient de rire, me répondant "cela ne pouvait arriver qu'à toi, c'est du Obaldia tout craché". Moi, je ne riais pas du tout. Je m'en suis sorti en faisant intervenir mon ami Molière.
- Vous êtes, de ce fait le seul à avoir eu, sous la coupole, une conversation avec lui.
- Oui, je pense.
- Vous semblez générer les situations exceptionnelles.
- Jean Cassou qui avait écrit la préface d'un de mes premiers livres me trouvait des affinités avec un grand auteur espagnol, qu'en général on ne connaît pas ici, Ramon Gomez de la Serna, qui a écrit "Greguerias", un mot intraduisible signifiant à peu près salade d'incongruités. Je m'étais donc précipité sur cet écrivain inconnu. Effectivement, il y avait un cousinage qui se résume par un certain humour espagnol, une sorte d'humour métaphysique. En général, mes situations sont souvent originales, incongrues, imprévisibles.
- La première de votre célèbre pièce "Du vent dans les branches de sassafras" en est une illustration. Michel Simon n'avait-il pas oublié votre nom ?
- Un grand moment. On, avait repoussé la générale plusieurs fois, car il n'avait pas beaucoup de mémoire. La première fut un succès ; ses camarades, Françoise Segnier et les autres, étaient soulagés qu'on soit allé jusqu'au bout. Dix minutes d'ovation puis ce cher Michel Simon se porta à l’avant-scène pour faire l’annonce traditionnelle et, d’une voix encore plus malaxée que de coutume, que je peux imiter si vous voulez, déclara : "La pièce que nous avons eu l’honneur de représenter devant vous pour la première fois est de… est de… la pièce que, que… Merde ! J’ai oublié le nom de l’auteur." Ce fut grandiose… Je me suis demandé, après coup, si lui, le cabotin de génie, n'avait pas préparé la scène à l'avance.
- Revenons à l'Académie Française. Quelle est l'ambiance des séances ?
- On croit que c'est un peu sévère, austère, mais non. J'y rencontre des gens d'exception. Ma voisine est Jacqueline de Romilly, une femme tout à fait remarquable, qui est aussi ma marraine. Moi j'apporte une note poétique…
- Qu'en est-il de ces séances du dictionnaire dont on plaisante souvent ?
- Elles sont passionnantes. On pense qu'il y a des vieillards qui se penchent sur le squelette d'un mot qui tombe en poussière. Ce n'est pas du tout ça, c'est très vivant. Vous savez que la défense de la langue française, actuellement, prend une urgence extrême. Il faut préserver le langage qui est menacé. Dans ces séances, on discute sur certains mots, sur certains vocables, sur des choses qui sont périmées, sur des néologismes que l'on prend parce qu'ils ont résisté à l'usage. Notre langue est de plus en plus hachée, comprimée. Le rétrécissement du langage est aussi le rétrécissement de l'esprit.
- Ce sont donc des séances vivantes et enrichissantes
- Absolument. Il faut bien se rendre compte qu'il n'y a pas seulement des écrivains. Vous avez des grands médecins, des juristes internationaux, des avocats des ecclésiastiques. Il y a eu Pierre Messmer, le ministre des Armées, que je n'aurais jamais rencontré autrement. C'est la grande diversité de l'Académie qui fait sa richesse.
- Comment avez-vous vécu votre élection ?
- C'est un grand moment. C'est un rituel. Je descends cet escalier au roulement des tambours de la Garde Républicaine, l'assemblée se lève. C'est impressionnant. De nos jours, le rituel prend des allures d'avant-garde car c'est tellement inaccoutumé. C'est un peu surréaliste aussi.
- Pourriez-vous nous parler de ces "Innocentines" ?
- Dans mon œuvre qui est romanesque et théâtrale, elles sont en marge. Je dirais qu'elles sont le fleuron de ma couronne. Je les ai écrites il y a un certain temps et elles ont été rééditées sans arrêt. Il y a même eu une édition uniquement pour les écoles. Elles me procurent des rencontres merveilleuses avec les enfants. Quand une jeune maman dont l'enfant a lu mes textes à l'école me dit :"Je vous croyais mort, Monsieur de Obaldia". Evidemment quand on est avec François Coppée, Prévert ou Sully Prud'homme, on vous croit mort. Alors je réponds, mais non, mais non, je suis encore vivant et je m'excuse… Je ne peux rien faire d'autre. Des enfants m'envoient leurs propres poèmes à la manière des Innocentines. C'est pour moi vraiment très agréable. Puisqu'on parle à bâtons rompus, je peux vous dire que le premier poème des Innocentines, je l'ai écrit en captivité, dans un stalag des nazis. Dans ce monde de bruit et de fureur, j'ai eu cette idée d'écrire quelque chose qui rejoindrait l'innocence première des enfants. Ce poème a été publié ensuite dans la Nouvelle Revue Française. Beaucoup d'amis m'on encouragé a lui donner une suite. C'est seulement vingt ans après que j'ai été en état de grâce pour écrire les autres Innocentines.
-Il y a eu récemment ces jubilatoires "Fantasmes de demoiselles", votre dernier ouvrage, et la réédition de "Fugue à Waterloo". Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
- Je ne vous cèlerais rien, comme on disait au grand siècle : je mets actuellement la dernière main à de nouveaux impromptus. Vous savez, j'ai commencé le théâtre par des impromptus qui continuent à se jouer beaucoup, comme " Le défunt", mon increvable défunt, ou "Le grand vizir". Je vais donc remettre bientôt cinq nouveaux impromptus à mes éditeurs. Le titre général sera "Merci d'être avec nous".
- Il faut maintenant que l'on parle d'Anne Marlange, votre Pétronille.
- En 2004, elle a fait un spectacle avec un magicien. J'ai trouvé l'idée très amusante. Je m'y suis vraiment intéressé. Notre Anne-Pétronille, après "Le petit monde de Pétronille", a poussé les choses et s'est fidélisée, si j'ose dire, Ce qu'elle avait fait m'avait ému. J'étais tout à fait prêt à l'aider si je pouvais. Je me réjouis d'être à Palavas-les-Flots pour voir le prochain spectacle que lui ont inspiré mes Innocentines.
-Au Nautilus, savez-vous que vous occuperez le fauteuil de Jean Marais ?
- J'en suis d'autant plus ému que, la création du "sassafras" ayant été faite par Michel Simon - ceux qui ont vu la pièce, du moins les survivants, vous diront qu'il y était génial - personne ne voulait lui succéder. Quand on l'a proposée à Jean Marais, cela l'a tellement amusé qu'il a accepté. Il se foutait pas mal, avec son innocence de grand enfant, de reprendre le rôle derrière ce monstre sacré. Autant ce dernier était difficile, autant Jean Marais était un ange.
Texte intégral de l'interview
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